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Mee Godard

BEAUJOLAIS – Villié-Morgon

LA FEMME

UN PRÉNOM SUD-CORÉEN. UN NOM CINÉMATOGRAPHIQUE. UNE VIE COMME TIRÉE D’UN ROMAN. MEE GODARD POURRAIT ÊTRE UNE HÉROÏNE DU 7E ART. MAIS MEE EST BIEN RÉELLE. LES DEUX PIEDS SUR SA TERRE. LE SPLENDIDE MAIS ENCORE SOUS-ESTIMÉ BEAUJOLAIS. SON HISTOIRE, C’EST LE RAISIN. ET SON ŒUVRE, C’EST SON VIN.

Mee Godard est bébé quand elle est adoptée par un couple de français. Nous sommes en 1977. Elle passe son enfance à Lyon. Son adolescence aussi. Elle y étudie la biologie. La biochimie. Puis cap vers l’Oregon pour trois années d’études universitaires dans le vin. Son master Food and Science Technologie en poche, elle revient en 2003 compléter son parcours à Montpellier. En œnologie cette fois. Face au vin, Mee n’est pas seulement émue. Mee est mue. Par un besoin avide de connaissances techniques. Par la volonté de dépasser le niveau empirique. De comprendre. Elle exerce plusieurs métiers du secteur. Mais continue de chercher sa voie. Agent commercial en Bourgogne, c’est le déclic. Mee se voit indépendante. Poussée par sa mère, son père et son mari, elle se bat pour réaliser ce rêve de liberté. Le Beaujolais s’impose à elle. Amoureuse de la région. De son ambiance. De ses crus. Mee Godard se met en quête d’un domaine. Un exploitant part justement en retraite. Il vend toutes ses parcelles en vrac. Elle tente sa chance. Sa chance lui sourit. Mee réussit à acquérir ce domaine de cinq hectares composé de beaux terroirs sur Morgon. Corcelette. Grand-Cras. Côte du Py. 2013. Le début d’une nouvelle aventure. Une renaissance professionnelle. Et un challenge de taille !

Reportage chez la vigneronne Mee Godard

« Si je fais du bio, c’est pour être respectueux de la personne et de l’environnement. »

LE TERROIR

5 HA SUR MORGON. 1 SUR MOULIN-À-VENT. DES CRUS DIFFÉRENTS. DES CLIMATS PAS FORCÉMENT COHÉRENTS. HEUREUSEMENT QUE LE GAMAY EST VERSATILE. CE CÉPAGE QUE MEE CULTIVE S’ADAPTE PARTOUT. ET OÙ QU’ELLE AILLE, EN MAGICIENNE, ELLE EN TIRE DES VINS ÉPOUSTOUFLANTS.

Longtemps, Mee Godard s’est tenue au Morgon. Ses 5 hectares couvraient 3 des 6 climats du cru. Corcelette, Grand Cras et Côte du Py. Elle vient de s’élargir au caillouteux Moulin-à-Vent. D’abord 40 ares et désormais 1 hectare. Quel que soit le sol, son obsession du travail bien fait reste la même. Pour ses terres qu’elle gratte 1 rang sur 2. Pour ses vignes de 65 ans d’âge qu’elle contient sans palissage. En les taillant. Longuement. Rarement une journée complète. Le travail y est trop éreintant. Il faut 3 minutes par pied. Le domaine Godard en compte 45 000… Mais Mee est courageuse. Alors inlassablement, elle taille. À 2 yeux. En laissant 5 coursons. L’idéal selon elle pour éviter trop d’ébourgeonnage. Ce respect de la vigne, elle l’a aussi pour les personnes et l’environnement. Elle a tendance à baisser le sulfitage. Elle penche vers le bio. Comme avant elle Jean Foillard, Guy Breton, Marcel Lapierre et Jean-Paul Thévenet. Le gang des 4 du Beaujolais. Mee pense à la certification. Mais elle le fait surtout par passion. Pudiquement. Sans chercher à prêcher. Ni à s’enfermer dans un discours. Mee préfère la liberté. Et faire voyager les palais. Son Morgon Passerelle 577 résume tout. Une cuvée « grand cru » ajoutée à ses 4 appellations magiques. Issue d’une sélection de ses meilleurs fûts en Côte du Py. « Passerelle » pour le lien entre les cultures. Le lien avec ces 2 agriculteurs en Corée qui lui ont donné le jour. Et 577 ? C’est son nombre porte bonheur.

Une étude de caractérisation des terroirs s’est achevée en 2014 sur les 10 crus du Beaujolais. Pour revaloriser les terroirs. Pari gagné. Et Mee les interprète à merveille.

« C’est en découvrant la qualité des crus du Beaujolais et aussi parce que la région est magnifique,
que j’ai décidé de m’installer à Villié-Morgon. »

LA FAÇON DE FAIRE LE VIN

MEE GODARD VINIFIE SELON SA PERSONNALITÉ. PERFECTIONNISTE. ET INDÉPENDANTE. INTRAITABLE SUR LA TECHNIQUE. ET EN QUÊTE D’UN STYLE UNIQUE. FUYANT LE GOULEYANT. CHERCHANT LE FRUIT. LA TEXTURE. LA SURPRISE. L’ÉMOTION. SON MESSAGE.

Passé l’été, Mee attaque la vinification. Vendange à la main en caissettes. Travaille 70 à 100 % de ses raisins en vendanges entières. Pige et remonte les jus avec précision. Matin et soir. Elle foule ensuite avec douceur. Passe en cuve ciment. Et applique la méthode bourguignonne. Mee Godard laisse la macération préfermentaire se faire Entre 10 et 12°. Avec des levures si nécessaire. Entre 3 et 4 jours. 10 ou 12 pour les plus longues. Dans la foulée, vient la fermentation malolactique. Mee ne croit pas que cette étape soit bénéfique au printemps. Comme en Bourgogne. Elle suit ses convictions. Tout en s’adaptant à la nature. Y compris à ses aléas. Comme ces grêles cauchemardesques de 2017. Elles l’obligeront peut-être à acheter du blanc. Pour compenser l’absence de jus l’an dernier. En attendant, Mee a livré son interprétation. Sur 2016, le résultat se goûte. Corcelette fruité. Grand Cras floral. Côte de Py exubérant. Passerelle haut de gamme. La différence se sent. À quoi bon exister si c’est pour recopier ? Mee rêve du jour où il y aura autant de morgons à la carte des restaurants que de propositions tranchées. Les étiquettes dont elle a confié le design à un graphiste traduisent cette volonté. Créer sa signature.

« Le jour où il y aura quatre morgons sur une carte de restaurant, parce que ce sont quatre interprétations différentes, on aura gagné ! »

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